Mon intervention à l'Assemblée nationale sur la nouvelle carte des régions

Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Quelques mois avant le début de la campagne présidentielle le futur chef de l’Etat, clôturant dans ma bonne ville de Flers un colloque consacré à l’aménagement du territoire, indiquait que tout commencerait réellement par l’échelon régional. Nous y sommes. La réforme qui nous occupe aujourd'hui était attendue et demandée par tous. Aucun rapport, aucune analyse ne le conteste. Le constat est donc unanime et trans-partisan.

Mais, mal français entre tous, au moment de franchir le pas toutes les raisons sont bonnes pour différer, renvoyer demander de nouvelles études, critiquer la méthode… Bref, ne pas décider.

D’évidence, la France doit se doter de territoires à taille efficiente.

Ceci n’éloigne pas les responsables du citoyen. La confusion mentale sur ce point est totale. La mauvaise foi quelquefois aussi. Les régions n’ont jamais été des territoires de proximité immédiate, elles ne sont pas faites pour cela, elles ont pour fonction d’organiser les fonctions supérieures de vastes territoires, les infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires, la recherche, le développement de filières économiques innovantes. Elles exerceront ces compétences dans le cadre des lois de la République.

Alors, territoires plus vastes, oui, mais lesquels ?

Il n'y aura jamais de carte parfaite. Beaucoup d’entre nous voudraient légitimement voir adopter telle ou telle modification. Certaines nous sont proposées, ce qui prouve que la carte du gouvernement n’était pas immuable. Certains collègues dénoncent à la foi le caractère évolutif des propositions de carte et le caractère autocratique voir technocratique des regroupements proposés. Il faut choisir ! Moi je pense que simplement le Parlement fait son travail.

La modernisation des régions françaises est un symbole très fort. C’est la première étape.

A l’automne nous définirons les compétences de chaque collectivité territoriale.  Qu'en sera-t-il des Départements et des groupements de communes ? L’effet région créera un bouleversement salutaire du paysage institutionnel territorial. Nous en connaissons les grandes orientations. Il nous faudra éviter d’être trop jacobin. En effet, je ne crois pas que les mêmes solutions puissent s’appliquer partout, la France est trop diverse pour cela.

Enfin, si nous voulons donner une réelle efficience à la décentralisation, nous devrons rénover le cadre fiscal des collectivités locales, et spécialement des régions. Ceci réclamera de notre part beaucoup de courage. C’est cela qui sera le plus délicat en vérité.

Un mot de la Normandie, pour terminer. Non pas parce-que Normand moi-même mais pour illustrer ce que nous avons collectivement à faire.

Pour le nom de la future région, c’est très pratique, ce sera « Normandie ». Pour le reste, croyez-moi, et contrairement au lyrisme entrainant de notre collègue Alain Tourret, ce n’est pas si intuitif que cela.

Avranches et le sud Manche sont tournés vers la Bretagne, le pays d’Alençon vers la Sarthe et la région centre, je pourrais ainsi multiplier les exemples.

Ce que je dis est vrai partout, chacun peut se reconnaitre.

Mais ceci ne doit pas nous détourner de l’essentiel et nous empêcher de bâtir des projets pour les habitants de nos nouvelles régions. Construisons des dynamiques économiques, touristiques et culturelles innovantes.

Soulignons les atouts au lieu de craindre les faiblesses.

Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de raison disait le philosophe normand Alain.

Ce sera notre doctrine en Haute et Basse Normandie. C’est cela notre responsabilité et c’est sur cela que nous serons jugés par les Français.

 

 

Intervention du Ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve sur la nouvelle délimitation des régions :